Plaisir tranquille du destructeur conscient, elle marque le début d’une vie nouvelle. Fruit d’une combustion primordiale, elle la transfigure en y faisant entrer la mort. Le mouvement est identique: on inspire puis on expire. La pointe flamboie et crépite, déjà la gorge est attaquée. On laisse danser la fumée au bord du gouffre et on savoure cette légère douleur, cette résistance qu’oppose la vie à la mort qui s’introduit. Comme un défi lancé au Créateur, la première bouffée vient de ses piquantes volutes troubler le règne absolu de la conservation. Le voici donc, le goût de la liberté ! Rondeur brunâtre et chaleur froide, comme un champ d’herbes sèches qui finalement s’embrase. Plaisir de pyromane. Puis s’en est assez, c’est au tour de la mort de se soumettre. Lentement, ses nuages tranquilles s’amoncellent. Les lèvres se contractent, prêtes à faire place au souffle vital qui, dans la tempête de l’expiration, charrie les restes de son ennemi naturel. La première passe d’armes est terminée. Dès lors, chaque nouvelle bataille se fera plus âpre pour que du ballet voluptueux ne reste que le goût des cendres. Geste absurde en apparence, dans la première bouffée s’exprime la volonté face au destin. Désir et plaisir, perturbateurs incendiaires, font vaciller l’empire de la fatalité.